Viaduc de Garabit en construction

La Tour Eiffel, fille des grands viaducs métalliques

Vendredi 12 juillet 2019

Modifié le : 18/07/19

La tour Eiffel a été inventée comme un défi : faire la tour la plus haute du monde. Mais aurait-elle pu être construite sans l’expérience acquise par l’entreprise Eiffel dans les grands viaducs métalliques ? Par Bertrand Lemoine

Lorsque les deux principaux ingénieurs de l’entreprise Eiffel, Maurice Koechlin et Émile Nouguier, esquissent le premier croquis de la tour de trois cents mètres, ils sont en train d’achever le viaduc de Garabit. Commencé quelques années plus tôt, ce beau viaduc métallique en arc est l’un des plus importants alors construits en France. C’est le frère jumeau du viaduc Maria Pia, qu’Eiffel a livré en 1876 à Porto au Portugal, et qui a révolutionné l’art des ponts en proposant un grand arc de 160 mètres supporté par des pylônes en forme de pyramides allongées pour porter le tablier, c’est-à-dire la longue poutre supportant la voie ferrée. 

Une technologie éprouvée durant 20 ans

Auparavant, Gustave Eiffel a construit beaucoup de ponts métalliques de toutes sortes. Ce sont toujours de grandes poutres en treillis de fer, souvent portés par des piles en pierre ou des pylônes plus ou moins hauts. Ces pylônes sont toujours en fer à partir des années 1870, mais Eiffel a utilisé en 1867 des tubes en fonte pour les viaducs de la Sioule et du Neuvial. Les quatre arêtes de chaque pile s’incurvent gracieusement à la base pour évoquer une forme qui préfigure - avec 20 ans d’avance - celle de la Tour Eiffel.

Tous ces viaducs sont construits selon une technologie déjà bien éprouvée depuis les années 1850 : des fers plats, des cornières, des plaques, sont assemblés par des rivets posés à chaud dans les trous préalablement percés dans les pièces. Un grand ouvrage comme le viaduc de Garabit contient pas moins de 500 000 rivets (la Tour en contient 2,5 millions). Les rivets sont en grande partie déjà posés en usine, à Levallois-Perret, pour préfabriquer de grandes pièces qui seront ensuite acheminées vers le site du montage définitif. C’est exactement la technologie qui sera utilisée pour la Tour Eiffel. Qui plus est, les équipes d’ingénieurs, de techniciens et d’encadrement  qui ont permis la réalisation de ces grands viaducs sont celles qui œuvreront sur la Tour Eiffel.

Photo de Gustave Eiffel au Viaduc de Garabit
Gustave Eiffel et ses collaborateurs au pied du Viaduc de Garabit

Des formes adaptées au vent

La conception de la forme de la Tour avec ses arêtes courbes doit beaucoup à un accident survenu lors d’un chantier mené par Gustave Eiffel. Dans la nuit du  26 janvier 1884, un violent coup de vent précipite dans la vallée en contrebas le tablier du viaduc de la Tardes, alors en construction. Eiffel et ses ingénieurs réalisent alors la pression que le vent peut exercer sur les structures métalliques même largement ajourées. La leçon sera retenue dans le dessin de la Tour effectué trois mois plus tard.

La Tour Eiffel est bien l’héritière directe des grands viaducs métalliques et de leurs hautes piles métalliques : même conception des structures en treillis, mêmes modes d’assemblage des pièces, formes générales similaires, même équipes de conception et de réalisation. Une extrapolation hardie à trois cents mètres de hauteur des pylônes qui portent ces grands viaducs !
 

Bertrand Lemoine est architecte ingénieur et historien. Il a été directeur de recherche au CNRS et directeur général de l'Atelier International du Grand Paris. C'est un spécialiste internationalement reconnu de l'histoire et de l'actualité de l'architecture, de la construction, de la ville et du patrimoine aux 19e et 20e siècles, en particulier de Paris, du Grand Paris et de la Tour Eiffel. Il est l’auteur de 43 ouvrages et de plusieurs centaines d’articles sur ces sujets. Il est actuellement consultant sur les questions architecturales, urbaines, numériques et énergétiques.

Photo Bertrand Lemoine

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